La semaine dernière, le gouvernement du Canada annonçait un retour au bureau renforcé pour les fonctionnaires, exigeant une présence de quatre jours par semaine dès l’été 2026, avec une application pour les cadres dès le 4 mai 2026. D’emblée, l’IDU appuie cette décision et tient à fournir quelques explications plaidant en faveur de ce retour au bureau renforcé.
Ensemble plus souvent : la condition pour ne pas perdre notre intelligence collective
Dans tout le débat entourant le retour au bureau en présentiel, plus souvent, on a surtout opposé liberté individuelle et contrainte organisationnelle. Or, on n’insiste pas assez sur les incidences à l’échelle collective, et on oublie que la rareté des rencontres physiques affaiblit la transmission du savoir, la capacité d’innovation et les perspectives des plus jeunes, dans un moment où l’IA accélère les écarts. Autrement dit, il ne s’agit pas de défendre un « retour au bureau », mais de préserver un capital immatériel crucial : l’intelligence collective.
Cette dimension ressort clairement de l’étude L’avenir du travail est ensemble, plus souvent, que nous avons menée conjointement, la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, l’Institut de développement urbain du Québec et Montréal centre‑ville, et que nous avons rendu public en janvier dernier. Dans cette étude, on apprend que la présence régulière en personne n’est pas un caprice managérial : elle constitue un choix structurant pour la productivité, l’innovation et la vitalité économique du centre‑ville. Et dans les faits, les organisations tirent un bénéfice substantiel de la création de liens, du partage informel de connaissances et de l’apprentissage par observation, autant de mécanismes beaucoup plus difficiles à reproduire en télétravail dispersé.
La question n’est donc pas de trancher entre liberté individuelle et contrainte organisationnelle. L’étude insiste que le véritable enjeu est de rendre chaque journée en présence « utile et significative » : une présence structurée autour de projets à forte valeur ajoutée, de moments de collaboration, de créativité, ou de transfert de savoirs, les apartés après une rencontre, une idée lancée dans un corridor, un échange spontané entre deux équipes qui n’auraient jamais programmé un appel, ce n’est pas « venir pour venir », mais « venir pour créer ».
C’est surtout pour les jeunes travailleurs que le débat est le plus lourd de conséquences. Dans notre étude conjointe, l’on souligne l’importance du retour en présentiel pour favoriser des moments structurés d’apprentissage, de transmission et de socialisation professionnelle. Le premier emploi n’est pas seulement un ensemble de tâches : c’est une immersion culturelle où l’on observe comment se prennent les décisions, comment se règlent les conflits, comment un projet passe du flou au concret. Sans cette proximité, les jeunes risquent un déficit d’intégration professionnelle dont les effets se feront sentir durant toute leur carrière.
La dynamique de l’intelligence artificielle accentue ce constat. Selon Statistique Canada, les emplois hautement exposés à l’IA sont souvent ceux liés aux compétences intellectuelles avancées ; certains rôles sont complémentaires à l’IA, d’autres davantage en concurrence directe. Dans ce contexte, l’apprentissage accéléré, le mentorat et l’accompagnement deviennent des filets de sécurité essentiels pour les jeunes professionnels.
L’enjeu dépasse donc de loin le simple lieu de travail : il s’agit de préserver la capacité collective d’apprendre, de transmettre et d’innover, dans un moment où l’IA redistribue les cartes à grande vitesse. Ce que nous risquons avec un télétravail trop étendu, ce n’est pas une baisse de performance individuelle — les gens accomplissent leurs tâches — mais une érosion silencieuse des dynamiques collectives : moins de créativité, moins de partage, moins d’esprit d’équipe, moins d’opportunités pour les plus jeunes.
Consulter l'étude L'avenir du travail est ensemble, plus souvent









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