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La ville du quart d’heure, la proximité heureuse plutôt que l’étalement urbain

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L’IDU a lancé sa programmation 2021-2022 en recevant Carlos Moreno, professeur à Paris-Sorbonne, conseiller spécial de la mairesse de Paris et promoteur du concept de la « ville du quart d’heure ». Pour donner une couleur montréalaise à la discussion, nous avons aussi invité Geneviève Tremblay qui, de son poste chez Fahey et Associés, a participé à la rédaction du document « Décoder la densité » de la ville de Montréal, produit dans le cadre de l’élaboration du plan d’urbanisme et de mobilité 2050.

Vous pouvez visionner le webinaire en rediffusion ici

Alors que nos vies respectives et nos villes ont été transformées par la crise sanitaire, le webinaire nous a permis d’approfondir la réflexion sur l’avenir de l’urbanité dans un contexte d’urgence climatique.

Même si l’étalement urbain est critiqué par une très vaste majorité, la densification qui, en conséquence, devrait pourtant être incontournable a, elle, moins bonne presse. Si cela témoigne d’un manque de cohérence, c’est aussi en raison d’un manque de modèle. Après tout, on ne change pas les habitudes d’un seul appel du pied. L’intérêt de la proposition Moreno est justement de nous offrir une orientation sur laquelle prendre appui pour tenter de trouver les ingrédients d’une « densité heureuse ».

La ville du quart d’heure

Carlos Moreno annonce ses couleurs rapidement en offrant une citation de Richard Sennett : « La densité est une vertu, la distance est un vice ». Moreno conteste la gestion contemporaine de la relation entre l’espace et le temps. Il critique fortement la « pendularité » de nos déplacements quotidiens entre notre lieu de résidence et celui de notre travail. Il lui oppose la « circularité fonctionnelle » s’appuyant sur six indicateurs permettant de viser une « haute qualité de vie sociétale » dans son propre quartier de proximité : habiter, travailler, s’approvisionner, conserver la santé, apprendre et s’épanouir.

Il constate que les citoyens aspirent à plus de temps pour vivre et considère que les 70 derniers années d’urbanisme ont segmenté la ville en zones d’usage unique, augmentant ainsi toujours un peu plus le temps consacré aux déplacements quotidiens. Il promeut la mixité fonctionnelle et compte sur l’ubiquité technologique, encore plus réelle avec l’implantation du télétravail, et sur la densité organique, plus verte, pour permettre l’éclosion d’une nouvelle vie de proximité.

Carlos Moreno et la Chaire Entreprenariat, Territoire et Innovation, avec laquelle il travaille, ont développé une plateforme numérique où ils brossent un portrait des ressources existantes, proposent un diagnostic territorial, élaborent des scénarios de transformations, puis suggèrent des stratégies d’actions. Grâce aux données colligées et aux indicateurs, la planification urbaine peut dorénavant s’intéresser à l’habitabilité, à la viabilité et à la vivabilité pour déterminer le niveau de concentration résidentielle et de services de proximité souhaité au sein d’un quartier où la nature reprend ou conserve ses droits et où il fait bon vivre.

Décoder la densité

Dans le cadre des travaux menant au prochain Plan d’urbanisme et de mobilité, Geneviève Tremblay a participé à la réflexion sur la densité montréalaise.

Elle énumère d’abord les avantages de la densification pour les autorités publiques : réduction du coût des infrastructures et équipements en joignant plus d’utilisateurs en moins d’espaces, et réduction de l’empreinte carbone. Les coûts économisés peuvent être réinvestis pour améliorer la qualité de vie par de nouveaux services de proximité, par l’ajout d’espaces verts et l’amélioration de l’offre de logements pour tous. La transformation du quartier en une proximité multifonctionnelle accorde d’indéniables atouts à « vivre en ville » : services diversifiés, transport actif propice aux saines habitudes de vie et gains de temps.

Elle note que le chrono urbanisme soutient une planification globale avec un nombre important d’indicateurs à considérer, ce qui est différent de l’approche TOD plus généralement utilisée jusqu’à maintenant. Cela dit, pour introduire cette vision, il sera nécessaire de compiler une quantité importante de données qui semblent inaccessibles pour l’instant. Appelée à commenter la capacité de se doter d’une plateforme numérique comme celle dont parle Carlos Moreno, Geneviève Tremblay constate que nos instances gouvernementales fédérales, provinciales et municipales devront apprendre à mieux travailler en équipe et moins en vase clos si on veut avoir la capacité de poser les bons diagnostics.

Un nouveau modèle, de nouveaux moyens

La crise climatique commande des changements à nos habitudes, ce qui inclut au premier titre notre façon d’occuper le territoire. La proposition de Moreno offre un modèle auquel il faudra ajouter de nouveaux moyens pour réaliser ces transformations incontournables.

D’abord, une cartographie fine de la situation et des indicateurs raisonnés pour soutenir les décisions politiques susceptibles de rallier la population.

Ensuite des ressources financières : redévelopper est plus dispendieux que développer; la mixité fonctionnelle et sociale demande des investissements publics importants; le transport durable doit être suffisamment financé et conçu dans le but d’atteindre une plus-value urbanistique. Le modèle pourra nous guider à condition que nous lui accordions les moyens appropriés. C’est là un enjeu que nos gouvernants devront considérés s’ils sont pleinement déterminés à atteindre nos cibles climatiques.

Enfin, il y aura toujours le fameux réflexe « pas dans ma cour » lorsqu’il est question de densifier. Il importe donc de commencer dès maintenant à mettre en évidence les avantages découlant d’une « densité heureuse ». Cela dit, les habitudes sont longues à changer. Nos dirigeants devront mettre à profit leurs qualités de leadership et, comme le suggère M. Moreno, faire preuve de vision, de détermination et de courage politique.

Au sortir de cette conférence, plusieurs questions émergent et parmi celles-ci, quelques-unes sur la suite des choses : Comment doit-on refaçonner le mode de gouvernance entre les divers gouvernements pour en faire des partenaires? Quel type d’appui financier Ottawa et Québec doivent-ils proposer? Quelles sont les conditions gagnantes pour favoriser la réalisation de projets immobiliers intégrant le concept de la ville du quart d’heure ? Le débat est lancé, mais il ne pourra pas durer trop longtemps.

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Afin de favoriser l’essor des centres urbains vivants où l’on apprend, travaille, évolue et se divertit, l’IDU promeut le concept d’intensification urbaine. Le concept se décline en quatre chantiers porteurs.

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